Blessure fractale

Présentation d’un cas clinique

Patrick Jouhaud

L’organisation fractale du corps vivant se réfère à une structuration où des motifs similaires se répètent à différentes échelles d’observation, de manière autosimilaire et hiérarchisée. Cette organisation permet une complexité émergente à partir de structures de base relativement simples, tout en assurant une optimisation des fonctions biologiques à chaque niveau de l’organisme. Chaque niveau d’organisation peut être vu comme une version miniature du niveau supérieur, contribuant à l’efficacité et à la robustesse de l’ensemble du système vivant.

Lorsque la robustesse est atteinte par un traumatisme, l’efficacité physiologique est en chute libre, et toutes les versions structurelles se désorganisent les unes après les autres. Le résultat est un état de sidération tissulaire ou de figement liquidien. Il se produit alors comme un état de démotivation du corps qui perd ses repères entre ce qui est vivant et ce qui est mort.

Voici un cas clinique de consultation et traitement ostéopathiques ayant objectivé ce type de blessure, et, proposé un traitement de reconstruction fractale.

Le jeune homme fracassé de la mandibule.

Tony, 26 ans, souffre de céphalées chroniques, intenses et survenant de façon quasi quotidienne. Les traitements médicamenteux le soulagent de façon éphémère.

L’anamnèse révèle un violent traumatisme survenu à l’âge de 16 ans.

Sa mobylette a violemment percuté un obstacle immobile. Le choc a provoqué l’envol de son corps au-dessus de l’obstacle, puis une chute sur le menton. Il y a eu trois fractures mandibulaires et un coma de quelques heures.

Le diagnostic ostéopathique au moment de la consultation révèle un état de figement total des tissus du crâne avec densité majeure sur la mandibule, trajet post-traumatique impactant le sphénoïde (sensation d’extrême densité) et toutes les membranes crâniennes. La zone occipitale et la fosse postérieure crânienne saisissent la main comme un écrasement. Le trajet traumatique trouve une première porte de sortie au niveau C4/C5 (entorse cervicale), une deuxième en zone T10/L1/diaphragme thoracique/estomac (état d’une extension inerte), une troisième au niveau du sacrum et du pelvis dans son ensemble (absence d’information sous la main pendant les mouvements de la respiration).

Ce jeune homme est manifestement en état clinique non seulement post traumatique, mais également en état de dissociation psycho-traumatique. Son attitude est figée, un regard absent et les échanges révèlent un état dépressif chronique avec absence de motivation dans la vie.

Le traitement manuel a consisté à aborder la zone mandibulaire avec tact et douceur de façon à percevoir dans la main comme un bouclier de protection nociceptive jusqu’à ce que le contact avec la peau puisse se faire. Ensuite, ma main a accompagné une sorte de broyage compressif de cette structure qui a mis plusieurs minutes à retrouver une information cohérente. Le trajet intracorporel du toucher a suivi la trace de l’impact jusqu’à obtenir la sensation d’un mouvement type vortex, d’abord dans chaque zone citée ci-dessus, puis un « défigement » total du corps.

Ce traitement, totalement en approche liquidienne, a permis une réorganisation fractale des tissus. La santé a pu ainsi réinvestir les tissus blessés. Le moyen utilisé pendant le traitement est de toujours se placer en pensées avec l’instant où l’embryon a conçu le projet fonctionnel des zones blessées.

Compte tenu de l’ancienneté du traumatisme et de l’intensité des blessures plusieurs interventions ont été nécessaires pour obtenir une amélioration, et la prise en charge de Tony n’est pas encore terminée à ce jour.